Armée populaire de libération du Viet Nam

Publié le par Pham Anh Dung

Armée Vietnamienne, état dans l'état  

 

1997 - chiffre d'affaires estimé à 667 millions d'Euros ou 8 750 milliards de dông, l'Armée est surtout présente dans les secteurs du transport aérien, extraction de pétrole et construction (chiffre d'affaires du dernier 88 millions d'Euros ou 1 milliard 150 millions de dông). 

 

L'armée, la glorieuse Armée populaire de libération, "qui jouissait jusqu'à présent, pleure son organe, le Quân Ðôi Nhân Dân, d'une image de probité, de prestige", l'armée de bô dôi tant admirée par l'opinion internationale, est la première à se servir. Moralement démobilisée après avoir perdu plus de la moitié de ses effectifs, incapable de payer son personnel et de renouveler ses matériels et équipements soviétiques, elle s'est lancée dans une nouvelle guerre sur les recommandations du pouvoir : celle du dollar. A partir de 1986, à la faveur du dôi moi, nombre de ses unités se sont transformées en plusieurs centaines d'entreprises employant jusqu'à 12 % de ses effectifs totaux. Leurs activités vont de l'alimentation à la fabrique de vêtements et de bicyclettes, de la construction d'immeubles à l'extraction du charbon, des pierres précieuses et du marbre, et de l'agroalimentaire à l'hôtellerie. En 1993, sur les 60 boîtes de nuit existant à Saigon, 45 sont gérées par des officiers supérieurs. Quelque 65,000 employés et ouvriers, soit 10 % du personnel démobilisé depuis le retrait du Cambodge, travaillent pour ces sociétés. Certaines d'entre elles fonctionnent en association ou en joint venture avec des firmes étrangères. En 1998, l'armée en crée 56 avec des partenaires asiatiques. Elle contrôle en outre plus de 200 entreprises, dont le chiffre d'affaire atteint $ 600,000 dollars. "Les activités de l'armée ont contribué à la croissance de notre économie nationale, se réjouissait cette année-là le ministre de la Défense. L'économie et la défense du pays doivent être combinées..." Et d'exhorter chaque division de l'armée à établir maintenant une ou deux "zones d'économie spéciale de défense", le long des frontières, dans les régions les plus isolées du pays et dans les îles, "afin d'éliminer la pauvreté et d'assurer la défense nationale". 

 

Depuis lors ces voeux ministériels ont dépassé les espérances. Sous l'uniforme, la course aux profits illicites a rapporté des montagnes de billets verts. A commencer par la contrebande. Combinée comme une opération militaire, elle est devenue un des piliers du système, et n'en déplaise au ministre en question, un obstacle à toute tentative de développement d'une industrie compétitive. On peut les voir comme je (T.M.) les ai vus, ces contrebandiers officiels à Cao Bang, à Lang Son, à Lao Cai, le long de la frontière chinoise. Leurs camions font la navette avec la Chine sous les yeux de leurs propres sentinelles et des douaniers complices, pliant sous les marchandises non taxées, qui iront concurrencer l'industrie et le commerce du pays dans des centres de vente militaires tenus par les femmes des officiers ou sur les "marchés aux voleurs" de Hanoi ou de Saigon. On peut voir aussi ces soldats et ces douaniers se partager le butin avec les porteurs chinois et vietnamiens, dont les norias franchissent allègrement la frontière passoire à pied, à bicyclette ou en moto, à raison de 10,000 passages par jour (chiffre officiel). Certains contrebandiers se vantent même d'aller jusqu'à Pékin, sans passeport, pour y traiter des affaires. Des Chinois rieurs assurent se rendre à Hanoi de la même façon. (Je suis moi-même entré en Chine à Lang Son, sans que l'on me demande mes papiers). Vélos, motocyclettes, électroménager, électronique, pièces détachées de moto "Honda" (sic), machines agricoles, tous ces matériels à bon marché et de médiocre qualité entrent en fraude et pénalisent la production intérieure. Sur toute la longueur de la frontière cambodgienne, les passeurs s'adonnent au même ballet. Spécialités : drogue et tabac. Au seul poste frontalier de Môc Bài, 300,000 paquets de cigarettes en provenance de Thaïlande sont saisis quotidiennement par les douaniers et les bô dôi. Pour leur plus grand profit. 

 

Mais tout cela n'est que la bagatelle à côté des importations lourdes, auxquelles se livrent les trafiquants en uniforme, le long de chaque frontière et dans les ports en eau profonde. Un jour on apprend que 12,000 motocyclettes Honda se sont volatilisées au cours de leur remontée en chaland sur la rivière de Saigon, alors qu'elles étaient convoyées par la marine. Un autre jour, la police maritime arraisonne dans le golfe du Tonkin un navire de guerre transportant plusieurs kilomètres de tissu de blue-jean en provenance de Chine. Beaucoup de filet, estime-t-on. Mais, aussitôt après, ce tissu est revendu au marché noir par les policiers eux mêmes. Un peu plus tard, ce sont 5,000 voitures d'occasion équipées d'une conduite à droite, que l'armée a négociée en Thaïlande et introduites au Viêt-Nam sous le manteau. Elles termineront leur voyage en Chine. En 1992 une enquête est ouverte dans les banques pour découvrir le responsable de la vente des réserves stratégiques de carburant, un négoce, qui a permis à ses auteurs (sans doute militaires) d'empocher $ 600,000 dollars. La même année, on estime à $ 300 millions de dollars par an le détournement des filières de trafiquants...En 1995, 700,000 tonnes de riz partent illégalement vers la Chine dans des camions et navires militaires, alors que la famine tue au Centre Viêt-Nam. Un hebdomadaire vietnamien annonce de son côté qu'une partie de la production d'anthracite de Hòn Gai a été soustraite au profit de trafiquants non identifiés. Une concurrence déloyale, qui conduit nombre d'entreprises locales à la ruine et accroît le chômage. En 1996 par exemple sur les 24,000 voitures et camions importés, un tiers l'a été en contrebande, et deux ans plus tard les usines de montage Mékong (Nguyên Quang Tuân, Vietnam Automobile industry policy (1991-1998). A case study of Mekong Corporation, NL MA) et Ford fermaient leurs portes. (Sturgeon Timothy J, MIT, The Automotive Industry in Vietnam: Prospects for Development in a Globalizing Economy, July 1998)

 

 

 

 

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Publié dans Actualités du VN

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