Où en est la vérité ?
Taux de chômage et seuil de pauvreté
au Viet Nam et en Chine
Les commentaires continuent d’abonder sur la situation économique et sociale de la Chine communiste et du Viet Nam socialiste depuis ces deux dernières décennies..
Le réveil de la Chine, personne n’en doute.
Le « dôi moi » ou renouveau de la République Socialiste du Viet Nam, on en parle à longueur de journée.
Mais le problème, ici , n’est ni le réveil chinois, ni le renouveau vietnamien.
En effet, il ne s’agit pas de nier ces grands évènements plus ou moins salutaires pour ces deux peuples malheureux engouffrés dans la misère Mais il s’agit de rétablir la vérité sur la suite de ces évènements pour présenter au monde un tableau réel de l’un et de l’autre de ces deux pays survivants d’un système politico-économique qui avait coûté cher à l’humanité en terme de souffrance et de misère.
Parlons aujourd’hui du Viet Nam. De la Chine, prochainement.
Les chiffres d’abord, leur interprétation ensuite, laissent assez souvent à désirer alors qu’ils sont considérés normalement comme des indicateurs d’une situation économique et sociale donnée. Dans nombre de cas ils sont sortis tout droit des offices secrets d’un ministère ou d’une cellule d’étude obscure du Comité Central du Parti. La marge d’erreur habituelle de quelque 5 à 20 % n’est pas en question. Mais d’énormes imaginations ont conduit à la fabrication des chiffres voulus par le gouvernement, acceptés plus tard et souvent sans discernement par nos fameux experts internationaux et servis ensuite de base à différents calculs dans diverses statistiques. Les commentaires et les interprétations viendront ensuite couler à flots sur ces performances qui vont malheureusement à l’encontre des réalités incontestables.
Prenons-en quelques exemples parmi d’autres en Chine et au Viet Nam. Le The World Factbook (http://www.cia.gov/cia/publications/factbook) qui a le mérite de recueillir de nombreuses données sur différents pays a publìé pour l’année 2005 et pour le Viet Nam, un taux de chômage de 5,5% et un taux de la population en-dessous du seuil de pauvreté de 19,5% pour 2004. Notons que ces deux taux ont été déclarés officiellement par le gouvernement de Hanoï et la CIA n’a fait que les reprendre sans faire de commentaire.
Citons alors quelques chiffres et réalités qui y opposent un démenti cinglant.
S’agissant du chômage au Viet Nam, comment pouvait-on en calculer le taux lorsque tous les éléments de calcul y sont inexistants tels que la définition du chômeur (selon le Bureau International du Travail ), le flux et le stock des demandeurs d’emploi à temps plein ou temps partiel, relevés, enregistrés et contrôlés régulièrement par des services spécialisés, qui n’ont jamais existé dans le pays.
Par ailleurs, un taux de chômage égal ou inférieur à 5,5 % est considéré sur le marché international du travail comme un indicateur de plein-emploi, taux que bien peu de pays dans le monde ont pu atteindre ( Japon, Grade Bretagne, États-Unis,Suisse ……). Si l’on applique la définition BIT du chômeur, c’est-à–dire une personne en état de travailler, qui veut travailler et qui n’a pu trouver un emploi , le taux de chômage au Viet Nam devrait être au moins de 40 %. Les jeunes quittant leur école, les soldats terminant leur service national ou en fin de carrière, les innombrables hommes et femmes errant dans les villes et les campagnes, tous recherchent souvent vainement un emploi. Spectacle désolant relaté chaque jour par la presse, même celle du Parti, des Vietnamiens, y compris des mères de famille, qui s’expatrient par dizaines de milliers pour un emploi pénible et bien peu rémunéré dans différents coins du monde, du Moyen-Orient à Taïwan, en Corée ………..
Tous les Vietnamiens vivant dans leur pays devraient s’esclaffer de rire au vu de ce taux de rêve ou …..en mourir d’envie !
Passons maintenant au pourcentage des gens vivant au-dessous du seuil de pauvreté, soit 19,5% pour l’année 2004, toujours selon The World Factbook ( Population below poverty line).
Comme chacun le sait, déterminer le seuil de pauvreté d’un pays relève souvent de sa compétence. Mais à l’échelle du monde, il y a des critères communs pour le faire, compte tenu du besoin universel de l’homme de s’assurer un minimum vital, c’est-ầ-dire avoir de quoi manger à sa faim, un modeste logement, des soins en cas de maladie, l’accès à l’éducation. Le respect de la dignité humaine s’impose à toute civilisation digne de ce nom et la conceptualisation du seuil de pauvreté qui s’en inspire doit englober différentes dimensions de l’existence d’un homme.
Pour l’Union européenne, selon Eurostat, le seuil de pauvreté est égal à 60% du niveau de vie médian, soit 615 euros par mois et par personne. Est ainsi considéré comme pauvre celui qui a un revenu inférieur à ce montant.
Faut-il ajouter qu’en France comme dans plusieurs autres pays européens, en Amérique du Nord ou en Australie…… il bénificie d’une couverture médicale complète et de la gratuité pour certaines prestations de services publics, d’une aide au logement
Bien évidemment, le seuil de pauvreté au Viet Nam n’est pas celui pris en compte en France ou aux États-Unis. Mais au Viet Nam ou en Thailande ou en Malaisie, il doit être aussi déterminé sur les mêmes critères universels de minimum vital comme il en a été exposé et assurément dans les normes de ces pays.
Prenons le cas d’un ouvrier vietnamien dont le salaire mensuel varie entre 500 000 dong, soit 25 euros ou 30 dollars américains, et 800 000 dong, selon qu’il travaille dans une entreprise à capital interne (vôn nôi dia) ou à capital étranger (vôn ngoai quôc). Avec ce salaire de misère et même en terme de parité de pouvoir d’achat, il ne peut que s’acheter quelques dizaines de kilogrammes de riz et de nourritures ou louer un petit logement sans confort dans une banlieue proche de son lieu de travail. A choisir donc entre l’estomac à moitìé rempli ou un modeste abri à partager avec des camarades. Qu’exige-t- on de plus de cet ouvrier pour le ranger dans la catégorie des pauvres ? Mais sait-on que beaucoup d’autres Vietnamiens ont envie de son sort car tout de même il a un emploi que bon nombre d’autres ont vainement cherché depuis des mois ! Pour survivre, ils se débrouillent tant bien que mal, errant de ville en ville, sans lendemain, sans espoir, sans rien. Quittons les régions urbaines et visitons l’arrière – pays, la grande campagne où vivent les ¾ de la population et où les conditions de vie et de travail se sont révélées toujours plus dures que celles des citadins. Ouvriers agricoles ou exploitants d’un ou de quelques « mâu « (un mâu = environ un demi-hectare) de rizière pour les gens du Delta du Mékong dans le Sud du pays, ou un lopin de terre de quelques centaines de mètres carrés pour les gens du Nord, dans le Delta du Fleuve Rouge ou dans la Moyenne Région ( Trung Du), ils vivent chichement de leur récolte et d’un apport supplémentaire d’élevage de quelques porcs ou d’une douzaine de poulets.
Enfin, cette dernière tranche de paysans, vrais prolétaires végétant dans des taudis de chaume sans aucune aide de l’Etat, abandonnés par un régime qui, en leur nom, a imposé la plus longue dictature (dictature du prolétariat) dans l’histoire de leur pays.
Au-dessus ou au-dessous du seuil de pauvreté, cette immense partie de la population vietnamienne des cités et de la campagne, c’est à vous, maintenant, de juger par les critères universels et par les normes vietnamiennes
Un compatriote vietnamien m’a proposé de rétablir la vérité , simplement en disant 55% au lieu de 5,5% comme taux de chômage et 19,5% de gens au-dessus du seuil de pauvreté au lieu d’au-dessous de cette ligne fatidique « poverty line », chiffres que la CIA a retenus des déclarations officielles du gouvernement communiste et sur lesquels bon nombre de nos économistes occidentaux vont échafauder leurs intarissables commentaires !
Le Trong Quat
Paris, Juillet 2006