Les travailleurs indépendants à Hanoi

Publié le par Pham Anh Dung

Les travailleurs indépendants à Hanoi sont-ils des laissés-pour-compte ?

 

Il y a quelques années, à presque tous les carrefours des rues de Hanoi, des groupes de jeunes campagnards, attendaient qu'on les emploie. La presse les appelle "l'armée des employés «, pour les hommes de la rue ce sont des "portefaix " avec une nuance péjorative. Le phénomène est connu de tout le monde.

AUJOURD'HUI, il y a une autre "armée " plus nombreuse, plus silencieuse, plus douce et plus modeste qui, de jour en jour, entre dans Hanoi pour chercher du travail. Il s'agit là des travailleuses indépendantes qui peuvent faire tous les travaux que les citadins qualifient d'inférieurs. En premier lieu ce sont des serveuses dans les restaurants, des cavalières dans les hôtels, serveuses de bar, de salle de karaoké. Ces travaux sont souvent réservés aux jeunes filles assez belles sinon présentables, au langage doux. En outre, les familles riches cherchent souvent des jeunes filles ou des femmes pour les aider dans le ménage et garder les enfants. Les employées de maison ont entre 10 et 15 ans ou plus de 40 ans. Les serveuses, dans les hôtels et les restaurants touchent un haut salaire, parfois jusqu'à un million de dông par mois, parce que leur travail est spécial. Le salaire de celles qui font le ménage ou gardent les enfants est souvent plus bas, de 150 à 200 mille dông, non compris la nourriture et l'habillement fournis par le patron.

Le nouveau trait qui caractérise le métier d'employée de maison à Hanoi aujourd'hui est que la distance entre le patron et ses employées n'est pas aussi grande qu'autrefois. On ne les appelle pas "serviteurs " comme dans le passé et elles peuvent partager le repas avec leurs patrons. Dans n'importe quel restaurant, auberge, café, bar de Hanoi on peut rencontrer des filles campagnardes qui y viennent travailler. Souvent, elles partagent les mêmes besognes que leurs patrons.

Ces dernières années, dans les coins les plus reculés de Hanoi, on rencontre un grand nombre de marchandes ambulantes de viande, de poissons, de fleurs, de fruits et même de vêtements. 90% d'entre elles viennent de la campagne et logent à Hanoi. Elles achètent en gros aux marchés des banlieues et vendent au détail dans la ville. A la différence des femmes et des filles des banlieues qui transportent leurs produits familiaux en bicyclette pour aller les vendre dans la ville, celles de la campagne vont à pied, portent leurs marchandises sur l'épaule. Elles connaissent bien les rues et les ruelles et ont la verve facile dans le marchandage. Mais la qualité de leurs marchandises est laisse à désirer et souvent elles trichent.

Aux grands marchés de vente en gros tels que Hôm, Mo, Mai Ðông, et surtout Long Biên, il y a une armée de porteuses d'environ 500-600 personnes qui viennent des provinces. Avec leurs simples outils comme le fléau et la paire de cordes de suspension, elles errent partout dans le marché ou se rassemblent en groupes de 10 à 20 personnes chacun, tout en attendant les marchands venant les louer à porter des marchandises, tantôt une dizaine de boîtes de fruits, tantôt quelques sacs de riz ou quelques paniers de marchandises. Le salaire pour une charge est de 500 à 1000 dông selon le poids et la distance. Chaque fois qu'un camion arrive, cette "armée " de porteuses accoure en foule tumultueuse, se bouscule, faisant un grand désordre dans le marché. Elles ont chacune un revenu de 10 à 20 mille dông par jour. Elles logent usuellement dans les auberges autour du marché ou autour des stations d'autobus, pour 60.000 dông par mois. Que ces auberges soient dispensées de toutes observations. Ce sont les endroits les plus sales de Hanoi.

Le revers de la médaille

 

Par suite de la croissance démographique désordonnée la superficie moyenne de terre par personne dans le Nord de notre pays baisse actuellement à 400 m2. Sur une telle superficie, que les paysans pratiquent la culture intensive ou la monoculture, ils ne sont occupés que quatre ou cinq mois par an. Aller chercher du travail à la ville pour augmenter leur revenu est un besoin raisonnable. Mais il s'agit néanmoins d'emplois qui ne sont contrôlés par aucun organisme, aucune unité. C'est pourquoi les travailleurs indépendants et notamment les femmes engendrent bien des problèmes aux autorités. Certains patrons ou patronnes de restaurants, de cafés et de bars louches n'hésitent pas à tromper les jeunes campagnardes ou les forcent à "faire plaisir aux clients", les obligeant peu à peu à s'engager dans la prostitution. Celles qui cherchent à s'échapper sont ligotées par de nombreuses manoeuvres subtiles et rusées, voire même tabassées ou menacées de mort.

Certaines serveuses ou employées de maison sont humiliées par leurs patrons, et elles sont congédiées quand elles ne les satisfont pas. En revanche, il y a bien des cas où l'employée profite de l'absence des patrons ou patronnes pour voler de l'argent, des bijoux...

Celles qui sont vendeuses étalent la viande, les poissons, les fruits, les légumes sur les trottoirs où portent leurs marchandises encombrantes sur des bicyclettes le long des rues de Hanoi, faisant obstacle à la circulation.

Dans les marchés où il y a des porteuses, ont lieu tous les jours des disputes entre elles et les propriétaires de marchandises et entre elles-mêmes, troublant l'ordre public.

A quand les solutions ?

 

Faudrait-il que les services du travail et des affaires sociales, de gestion du marché, des impôts et de la police coordonnent leurs activités dans la recherche d'une solution à cette question pour défendre les droits des travailleurs indépendants, éviter le désordre et protéger la ville contre l'infiltration, à travers eux, de diverses sortes de criminels et de fléaux sociaux ?

Les organisations sociales devraient assumer le rôle d'intermédiaire dans le placement de cette catégorie de travailleurs. Jusqu'ici les agences d'emplois ne s'intéressent qu'aux travailleurs qualifiés. Faudrait-il qu'ils s'intéressent de plus au simple travailleur manuel? Il faut en particulier établir des contrats pour obliger les patrons à assumer leurs responsabilités envers les employés, et en même temps, pour obliger les travailleurs à réaliser les contrats afin de ne pas causer de dommages aux patrons. Il faut mettre en place, aux grands marchés et aux grands centres commerciaux, des comités de gestion des travailleurs indépendants, relevant des comités de gestion du marché, pour organiser le travail des porteuses, des marchandes ambulantes, aménager les lieux de vente, afin d'instaurer l'ordre et l'hygiène des marchés.

Hanoi face à l'exode rural

 

Selon des statistiques incomplètes, Hanoi abrite actuellement quelque 30.000 travailleurs venus des provinces environnantes. Ils exécutent n'importe quelle tache pour gagner leur vie: menuiserie, construction, portage, pousse-pousse, vente de journaux, cirage des chaussures, récupération des ferrailles, femme de ménages...

Le jour, les travailleurs saisonniers se tiennent en groupe dans des rues, au mépris de la chaleur, du froid, de la pluie pour attendre les personnes qui leur proposeront un boulot quelconque. La nuit, ils cherchent un endroit pour dormir parfois même sur des trottoirs, sous des ponts... Certaines personnes viennent avec leurs familles qui s'abritent provisoirement dans des auberges à vil prix, ou dans des coins ténèbres des marchés...

A Hanoi, s'ils se rassemblaient essentiellement dans certaines rues comme Giang Vo, Lang, Buoi, Nga Tu So... ils prennent d'assaut, maintenant, nombre d'autres points situés au centre-ville comme la rue Duong Thành, le secteur des ponts Chuong Duong et Long Biên, la gare Hàng Co... Sont apparues aussi plusieurs familles s'établissant sous les tentes de fortune plantées dans le jardin botanique de Bach Thao, ou les parcs rue Phan Dinh Phùng, rue Mai Xuân Thuong.

Evidement, ces campagnards ne sont pas tous pauvres. Certains partent chercher du travail en ville dans le but d'éviter la pénibilité de la vie rurale. D'autres dans l'espoir de trouver une opportunité pour changer de vie. Or, auparavant, beaucoup de paysans n'avaient jamais l'occasion pour mettre les pieds en ville. Ils se contentaient de leur sort, attachés à leur village natal. Outre les besognes des champs, ils faisaient des métiers d'appoint pour améliorer leur vie: la couture, le tricotage, l'élevage, le ramassage des coquillages, des crabes...

A l'heure actuelle, le mécanisme de l'économie de marché exerce une forte influence sur leurs conditions. Les jeunes n'aiment plus les travaux champêtres. Par ailleurs, la population active augmente au fil des années, conduisant peu à peu au manque d'emplois. Et des jeunes se précipitent vers les centres urbains, seulement avec leurs bras et sans qualification professionnelle.

Pourtant, ce n'est pas facile de gagner son pain quotidien dans la ville. Des cyclo-pousseurs se voient souvent arrêtés par la police, faute de plaque d'immatriculation sur leur moyen de transport. Quant aux menuisiers, ils ne trouvent pas de travail durant les jours de pluies ou d'orage...

 

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Publié dans Economie

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