Rapport annuel 2007
Viêt-nam - Rapport annuel 2007
En 2006, les médias libéraux ont repoussé les limites de la censure. Le gouvernement a, dans un premier temps, fait adopter une loi liberticide, avant de reprendre en main l'ensemble de la presse du pays.
En début d'année 2006, tout a semblé sourire à la presse vietnamienne. En avril, une publication dissidente Tu do Ngon luan a fait son apparition dans les grandes villes et sur Internet. Dans la foulée de la création d'un mouvement de dissidence, le Bloc 8406 (créé le 8 avril 2006), un deuxième journal, Tu Do Dân chu (Liberté et démocratie), s'est lancé, en août. Mais, rapidement, la police a convoqué et surveillé les journalistes dissidents Hoang Tien, Nguyen Khac Toan, Nguyen Van Dai, Duong Thi Xuan et Bach Ngoc Duong. Sur Internet, deux autres titres - To Quoc (Patrie) et Dan Chu (Démocratie) - sont apparus au Viêt-nam. Défiant le pouvoir, les journalistes et blogueurs dissidents ont même été jusqu'à se rassembler au sein de la Association des journalistes libres, une première au Viêt-nam.
De son côté, la presse autorisée (près de 600 publications, une centaine de radios et de télévisions et une centaine de sites Internet) a profité des préparatifs d'un congrès du Parti communiste pour aborder les sujets les plus sensibles. Ainsi, un article publié dans un journal d'Ho Chi Minh-Ville a remis en cause implicitement l'article 4 de la Constitution qui consacre la prédominance du parti sur l'Etat. Les conservateurs ont immédiatement dénoncé ces dérives dans le journal officiel Nhan Dan. L'idéologue du parti, Nguyen Duc Binh, y a affirmé que les "discussions ouvertes sont dangereuses".
La presse progressiste, menée par Tuoi Tre (La Jeunesse), s'est également fait remarquer par sa liberté de ton lors d'un scandale impliquant le ministre des Transports dans une affaire de corruption. Tuoi Tre, dont un reporter a été agressé à Hanoi alors qu'il enquêtait sur ce dossier, a appelé ouvertement à la démission du ministre. En réponse, le gouvernement a fait entrer en vigueur, en juillet, une nouvelle loi qui sanctionne les médias et les journalistes qui diffament et attaquent le prestige de l'Etat. Ce décret vise également les informations qui "violent les traditions culturelles, déforment la réalité historique, nient les acquis révolutionnaires, portent atteinte à la Nation, aux grands hommes et héros nationaux". Le texte ne prévoit pas de peines de prison mais des amendes et des suspensions. En octobre, la loi a été utilisée par le ministère de la Culture pour faire fermer temporairement deux publications et en sanctionner deux autres qui avaient publié des articles sur un scandale lié à de nouveaux billets de banque.
Lors du congrès d'avril, Nong Duc Manh, prédateur de la liberté de la presse, a été reconduit pour cinq ans à la tête du Parti communiste, avec 80% des suffrages exprimés. Le Premier ministre Phan Van Khai a été remplacé par Nguyen Tan Dung, un orthodoxe communiste vu pourtant comme un réformateur pour sa politique économique. Les conservateurs contrôlent toujours les services de sécurité afin de mettre hors d'état de nuire ceux qui contestent le parti unique. Ainsi, en novembre, trois Américains d'origine vietnamienne et quatre Vietnamiens ont été condamnés à quinze mois de prison pour "terrorisme". Liés à un groupe radical basé aux Etats-Unis, ils ont été accusés d'avoir fait entrer illégalement du matériel d'émission radiophonique dans le pays afin de diffuser des messages antigouvernementaux. Par ailleurs, les journalistes étrangers n'ont toujours pas accès librement aux zones centrales montagneuses où vivent des minorités ethniques dont les droits sont bafoués par les autorités.
En novembre, à la veille du sommet de l'organisation Coopération économique pour l'Asie Pacifique (APEC) à Hanoi, la répression des activités dissidentes s'est renforcée. Les journalistes des publications Tu do Ngon luan et Tu Do Dân chu ont été placés en résidence surveillée, avec des pancartes devant leur domicile : "Zone de sécurité. Pas d'étrangers". Ainsi, pendant plusieurs jours, des policiers ont stationné devant le domicile de Hoang Tien. Tandis que le cyberdissident Pham Hong Son, tout juste libéré de prison, était roué de coups par des policiers.
Une fois les délégations étrangères parties du Viêt-nam, le pouvoir a préparé la contre-attaque. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Le Dung, a affirmé qu'il était inacceptable que des gens abusent "du masque de la démocratie, avec des arguments faux, déformés et fabriqués sur la situation du Viêt-nam". Les autorités ont rappelé avec fermeté que les publications dissidentes étaient illégales.
Face à la répression, le père Phan Van Loi, initiateur de Tu do Ngon luan, a écrit à Reporters sans frontières : "Nous voulons livrer au Parti et au peuple un message : Seule la vérité libère !".