Journée pour l'Ecrivain en prison
Journée pour l'Écrivain en prison
Les Cris d'Alarme du PEN International
La liberté d'expression ne connaît pas de frontières, mais, aujourd'hui, elle est en grand danger. En Suisse, écrire est un acte si simple. Mais, dans de nombreux pays, les auteurs risquent d'être accusés d'espionnage ou considérés comme des ennemis publics. Pendant le premier semestre de l'année 2006, le Comité des écrivains en prison du PEN International a recensé 719 cas d'écrivains et de journalistes harcelés, arrêtés, torturés, tués ou contraints à l'exil à cause de leurs écrits. Deux cents d'entre eux croupissent dans les geôles. Au moins vingt personnes ont été tuées ou assassinées et douze disparues ces douze derniers mois. La Journée pour l' Écrivain en prison, le 15 novembre 2006, se déroulera sous le signe de la solidarité et du soutien envers tous les écrivains devenus des cibles de l'intolérance et de la dictature. Le 15 novembre, c'est aussi le début d'une campagne du PEN International contre les lois pénales sur la diffamation et les insultes visant à réduire au silence les écrivains et les journalistes. En commémorant nos collègues assassinés, il nous faut condamner ces crimes et dénoncer l'impunité de leurs assassins. Parmi les Etats persécuteurs qui inspirent de graves inquiétudes au PEN International figurent la Chine, le Mexique, l'Iran, le Bangladesh, la Libye, la Côte d'Ivoire, Cuba... Ou encore, le Viêt Nam, où la liberté d'expression, d'opinion et de la presse est inexistante. Ces jours-ci, des femmes de lettres vietnamiennes, défenseuses des droits humains et cyberdissidentes, sont interrogées et harcelées incessamment par la police de sécurité. L'écrivaine et journaliste Trân Khai Thanh Thuy a été humiliée, menacée, agressée, battue, blessée par certains agents et par des foules d'individus hostiles bien organisées, depuis le stade de la ville, où la police l'a livrée au tribunal populaire public, jusqu'à son domicile. Son crime: avoir écrit sur les victimes d'injustice sociale, en particulier sur de milliers de cas d'abus de pouvoir contre des paysannes spoliées et incapables de se défendre contre des expropriations ou les abus de fonctionnaires corrompus. Quant à l'avocate Bui Kim Thanh, elle a été violemment tabassée jusque dans sa salle de bains. Pire encore, elle aurait été internée de force dans le grand établissement psychiatrique de Biên Hoa, au nord de Saigon. Deux autres femmes, la journaliste Duong Thi Xuân et l'avocate Lê Thi Công Nhân, membre du barreau de Hanoi et de l'Union internationale des Avocats UIA, sont quotidiennement harcelées. Récemment, elles ont été blessées par des accidents provoqués par des policiers et des individus anonymes dans les rues de Hanoi. Sans oublier d'autres écrivains et journalistes vietnamiens qui, les uns, anciens détenus, sont soumis à un régime de résidence étroitement surveillée, les autres purgent encore leur lourde peine injuste dans les camps de concentration après de longues années de détention arbitraire. Parmi les prisonniers d'opinion se trouvent le poète Vu Dinh Thuy et l'essayiste et journaliste Nguyên Vu Binh, ancien collaborateur à la revue ''Communisme' ', publication officielle du parti communiste vietnamien. Membre honoraire du Centre PEN Suisse Romand, Nguyên Vu Binh souffre d'une maladie intestinale chronique et d'hypertension sans avoir eu accès aux soins médicaux adéquats et urgents alors que les conditions carcérales demeurent misérables. La triste situation fait penser à cette remarque de l'Ambassadeur suisse en poste à Hanoi, interviewé par le journaliste Marzio Pescia de Swissinfo en octobre dernier: ''Si le Viêt Nam a délibérément choisi la voie de l'ouverture économique, il est vrai que les réformes politiques restent modestes (…) droits comme la liberté d'expression, le pluralisme politique et la liberté de la presse sont encore tabous''.
Nguyên Hoàng Bao Viêt
Membre du Centre PEN Suisse Romand et du Centre des écrivains vietnamiens en exil CEVEX.