Témoignage du RP Taddée Nguyen Van Ly

Publié le par Pham Anh Dung

Témoignage du RP Taddée Nguyen Van Ly devant le Congrès des Etats-Unis le 13 février 2001.

Mesdames et messieurs,

C'est un grand honneur pour moi, d'être sans doute le premier prêtre vietnamien vivant sous le régime communiste à s'exprimer dans cette enceinte qui symbolise tant le bien le plus précieux de l'humanité: la liberté.

 De cette tribune, je voudrais présenter mes meilleurs vœux à vous tous et à cette grande nation que sont les Etats-Unis d'Amérique. Je vous souhaite une bonne nouvelle année, un nouveau siècle et un nouveau millénaire de vérité, de liberté, de paix, de bonheur et de progrès pour l'humanité.

 

 

Mesdames et Messieurs,  

Dans la déclaration d'indépendance du 02 septembre 1945 qui fonda La République Démocratique du Vietnam dans notre chère patrie, Ho Chi Minh, lui-même, sans doute pour s'attirer le soutien de votre nation, a repris la deuxième clause de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis de 1776 qui stipulait que "Tous les hommes sont nés égaux. Le créateur leur a conféré des droits inaliénables; parmi lesquels, le droit à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur".

 

 

 

Avec une courte histoire de 250 ans, Les Etats-Unis incarnent portant, au travers de la Déclaration d'Indépendance de 1776, les valeurs d'Indépendance et de Liberté; et continuent à être une référence pour l'humanité. Celui ou l'organisation qui voudrait comprendre ce que sont la Liberté et l'Indépendance n'aura qu'à venir visiter votre beau pays et son peuple dont le symbole le plus fort est incarné par la Statue de la Liberté offerte par la France.

En qualité de témoin direct, depuis plus de 25 ans, au sein du Vietnam communiste, je voudrais vous exposer ma position sur les trois sujets proposés par votre lettre d'invitation :  

 

 

  1. La situation des religions au Vietnam à l'aube du troisième millénaire.
  2. Faut-il que le Congrès Américain ratifie ou non le Traité de Commerce Bilatéral (TCB) avec le Vietnam ? Et quelles seront les conséquences de cette ratification (du TCB) sur la liberté religieuse au Vietnam ?
  3. Comment les Etats-Unis peuvent-ils aider le Vietnam à retrouver une vraie liberté religieuse à présent et dans l'avenir ?

I - La situation des religions au Vietnam à l'aube du nouveau millénaire

En fixant les trois objectifs d'Indépendance, de Liberté et de Bonheur, pour le Vietnam, M. Ho Chi Minh a imposé le socialisme comme moyen de réalisation. Les communistes vietnamiens se sont ainsi contredits dès le départ. L'Indépendance, La Liberté et le Bonheur pour notre pays, en particulier, pour questions religieuses ne seront jamais atteints tant que les communistes vietnamiens continuent à préconiser la dialectique du socialisme et du communisme. De par leur nature, ces deux doctrines préconisent le totalitarisme et ne tolèrent pas une liberté vraie et totale. De nos jours, avec le recul du temps, certains communistes doivent faire ce constat et admettre cette réalité.

En ce moment, dans notre cher pays, vous trouverez, à chaque coin de rue, des bannières de propagande officielles qui proclament que "Rien n'est plus précieux que l'Indépendance et la Liberté". Et, c'est sans doute parce qu'elles sont si précieuses et si rares qu'aucun de mes compatriotes n'en bénéficie. Mon absence sur cette tribune est la preuve irréfutable de l'absence d'indépendance et de liberté au Vietnam. Pour nos jeunes, à qui, on a tant ressassé ce slogan "Rien n'est plus précieux que l'Indépendance et la Liberté", l'Indépendance et la Liberté sont plus que jamais un idéal hors de portée.

Sur le plan religieux, les contraintes que l'Etat communiste imposent aux religions ont dépouillé toutes les Eglises de leur indépendance et de leur liberté.

La situation religieuse actuelle est résumée de manière plus précise par la Déclaration Commune du 27 décembre 2000 des Représentants des Religions. On y trouve la signature du Vénérable Thich Thiên Hanh, Supérieur du Clergé Bouddhiste de Hué; de M. Lê Quang Liêm, Président du Conseil Central du Bouddhisme Hoa Hao. du R.P. Chan Tin, prêtre Rédemptoriste et de moi-même, curé du diocèse de Hué. Ensemble nous avons écrit :

Depuis le 30 avril 1975, après la conquête du Sud Vietnam, les communistes vietnamiens ont appliqué une politique oppressive à l'encontre des religions au Vietnam :  

-          De nombreux décrets ont été promulgués pour contrôler, limiter et interdire toutes les activités religieuses avec un degré d'autoritarisme et de totalitarisme jamais vu dans l'histoire des religions au Vietnam.

-         Les complots et campagnes de calomnies sont systématiquement employés pour isoler, emprisonner les fidèles et religieux qui ont eu l'audace de revendiquer, de protester contre l'actuelle politique de répression et de destruction des religions menée par les communistes vietnamiens. Cette politique appliquée de façon continue depuis ces 50 dernières années (1954-2000) a fait de nombreuses victimes. Beaucoup ont été emprisonnés pendant de longues années dans les camps de rééducation parce qu'ils voulaient vivre leur foi, enseigner le catéchisme, encadrer un choral de l'église ou entrer dans les ordres.

-         Des stratégies similaires sont employées contre les religions comme le Cao Dai, l'Eglise Catholique, l'Eglise Protestante, pour les détruire de l'intérieur en divisant les rangs du clergé et en politisant la religion comme ce fut le cas du bouddhisme qui s'est vu diviser en deux: l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam traditionnelle et l'Eglise Bouddhique du Vietnam créée et contrôlée par l'Etat... Récemment, en Mai 1999, les communistes ont créé de toute pièce un conseil de représentants du Bouddhisme Hoa Hao en imposant 11 de leurs membres à la tête de cette direction avec pour but de contrôler les quelques 5 millions de pratiquants Hoa Hao.

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-         D'innombrables établissements et propriétés des Eglises Cao Dai, Catholique, Bouddhique, Hoa Hao et Protestante... ont été confisqués ou réquisitionnés par le gouvernement communiste pour des usages profanes.

Quant à l'Eglise Catholique, le gouvernement communiste du Vietnam a pris le contrôle de toutes les prérogatives de l'église. Ce fait est continuellement dénoncé par Conseil Episcopal Vietnamien depuis 1980 et je l'ai clairement rappelé dans ma Déclaration en 10 points du 21 novembre 1994 et dans celle du 24 novembre 2000. Je les tiens à votre disposition, mais je me permets de vous les résumer ici :

1. Le gouvernement communiste du Vietnam s'est, ouvertement, ingéré dans les affaires internes du Conseil Episcopal Vietnamien pour contrôler l'organisation des réunions pastorales annuelles: Ainsi, avant de se réunir, les évêques doivent avoir l'autorisation de l'administration, l'ordre du jour de la réunion doit être soumis à l'examen préalable du gouvernement. Une fois, la séance terminée, un rapport doit être rédigé pour expliquer ce qui s'est passé lors de la réunion. Enfin si un communiqué ou une résolution devait être diffusé au sein de l'Eglise, il devra, de même, être présenté aux autorités pour solliciter leur accord.

2. Le gouvernement communiste du Vietnam s'est, délibérément, ingéré dans le choix et le sacre des évêques, le choix et l'ordination des prêtres. Avant de nommer un évêque, le Saint-Siège doit soumettre la candidature à l'approbation des autorités vietnamiennes et se livrer à des pourparlers pénibles qui peuvent durer plusieurs années, les communistes n'acceptant, généralement, pas les candidats proposés par le Vatican, mais seulement leurs propres candidats. Après des années d'absence d'évêques dans les diocèses, Le Vatican a finalement dû accepter le dictat des communistes pour limiter les dégâts causés par une vacance épiscopale trop longue. Par exemple, à ce jour, les diocèses de Hung Hoa, Hai Phong, Bui Chu... attendent un évêque depuis 8 ans et Rome est impuissante.

Si un jeune souhaite entrer au séminaire ou si l'Eglise veut ordonner un prêtre, il leur faut déposer la demande et le curriculum vitae à la police pour approbation. Ce jeune ou le séminariste en question devra se montrer docile, et ne pas être soupçonner de pouvoir devenir plus tard un élément nuisible pour le régime communiste. S'il accepte de travailler pour la police pour les renseigner sur les activités du séminaire ou du monastère, ce sera un plus certain. Et s'il accepte de payer les pots de vin à la police, il aura encore davantage de chance de recevoir une réponse positive. Mais si ce jeune homme ou ce séminariste est issu d'une famille ayant servi l'ancien régime, il n'aura aucune chance d'entrer au séminaire ou de devenir prêtre, même s'il présente toutes les qualités spirituelles et humaines requises par l'Eglise. Je peux vous citer les noms de plusieurs jeunes gens qui ont été major deux à trois ans de suite aux concours organisés par l'Eglise, mais qui n'ont toujours pas reçu l'autorisation des autorités communistes pour entrer au séminaire. L'évêque qui veut ordonner quelqu'un prêtre ou confier une mission à un prêtre, doit déposer sa demande aux autorités communistes et négocier très longuement avec elles. Dans certains cas ces tractations peuvent durer jusqu'à une vingtaine d'années sans que le dossier soit résolu. Les critères avancés par les autorités communistes n'ont rien à voir avec les qualités exigées par l'Eglise aux candidats pour devenir prêtre et remplir les devoirs inhérents à leur rôle. C'est pour cette raison que le nombre de prêtres ordonnés, chaque année, a, considérablement, diminué, et atteint un niveau insuffisant pour satisfaire les besoins pastoraux de l'Eglise. Les vieux curés qui partent à la retraite ou qui décèdent n'ont personne pour les remplacer. Les prêtres qui sont affectés dans les régions reculées doivent s'occuper de, parfois, plus de 10 paroisses et ne peuvent accomplir leur tâche normalement. Il est, de plus, très difficile pour les prêtres de se déplacer et de changer leur lieu de domicile.

3. Les petites communautés de chrétiens qui vivent dans les nouvelles zones économiques ou dans des régions reculées, désirent pouvoir assister à la messe au moins une fois par an à l'occasion de Noël ou de Pâques. Mais cela même leur est interdit. Les communistes athées veulent que la population dans ces régions cessent de penser à la religion qui, selon eux, est nocive et dangereuse.

4. Les messes dont l'assistance comporterait des fidèles venus d'ailleurs, les prêtres qui désirent célébrer la messe en dehors de leur paroisse doivent être autorisés par les autorités communistes.

5. De nombreux prêtres, religieux et fidèles sont encore emprisonnés par les autorités communistes.

6. Les autorités communistes vietnamiennes ont gravement violé la liberté d'expression et de presse des Eglises en leur interdisant de produire une quelconque publication, que ce soit au niveau du diocèse ou de toute l'Eglise. C'est pour cette raison que l'Eglise ne peut plus assumer correctement sa mission éducatrice. Avant 1975, il existait dans le Sud Vietnam une dizaine de publications catholiques. Il n'en reste actuellement que deux hebdomadaires qui sont "Le Catholicisme et le Peuple" et "Le Catholique Vietnamien". Il va s'en dire que toutes ces deux publications sont éditées par les autorités communistes. Le Conseil Episcopal Vietnamien avait un Bulletin interne qui s'appelait Hiêp Thông (Communion). La parution des 6 premiers numéros était considérée comme "illégale", les 3 numéros suivants (7, 8 et 9) sont parus du mois de février 2000 au mois de septembre 2000 avec une autorisation provisoire. Au mois d'octobre 2000, les autorités communistes ont signifié aux évêques la suspension de leur unique publication. La liberté d'expression est bien absente dans notre pays et surtout dans le cadre des religions. Un discours comme celui-ci ne pourra pas être diffusé au Vietnam, car aucune boutique de photocopie n'oserait en faire la duplication. Personne n'oserait le garder chez soi par peur des conséquences désastreuses pour l'intéressé et sa famille. Et, celui qui est prêt à le faire, doit se préparer au martyre.

7. Les autorités communistes imposent à tous les élèves et étudiants d'apprendre et d'aimer le Socialisme alors que plus personne ne veut l'enseigner ou l'étudier. Elles devraient se contenter des 3 millions de membres du Parti et des 5 millions de jeunes de la Jeunesse Communiste (s'ils peuvent encore croire au socialisme) et de réfléchir comment l'appliquer dans la réalité et de manière efficace sur le plan économique et social pour apporter à la population le confort et le bonheur. Quant au reste de la population, elle devra avoir le droit de s'informer afin de juger si la construction du socialisme atteindra-t-elle son idéal ou si elle n'est qu'une chimère ? Il est, aujourd'hui, certain que le socialisme n'est ni indispensable, ni à appliquer à tout prix car d'autres pays de la région de l'Asie du Sud-est sont plusieurs fois plus riches et plus développées que le Vietnam, tout en restant étrangers, voire hostiles à cette idéologie. Le socialisme n'est donc pas la panacée. Elle a conduit, par contre, plus de 2,5 millions de Vietnamiens à fuir en bravant les dangers de l'océan pour gagner les rivages de la liberté. Obliger, aujourd'hui, les fidèles des différentes religions et tous les citoyens d'étudier et d'aimer cette idéologie qui a déjà failli dans son pays d'origine la Russie et qui provoque échec sur échec au Vietnam, est un conditionnement criminel de tous les esprits.

8. Les autorités communistes ont confisqué tous les établissements d'enseignement, sociaux et hospitaliers de l'église. Le chiffre de ces réquisitions, depuis 1954 dans le Nord et généralisés depuis 1975 sur tout le territoire national, se monte à plusieurs milliers (d'établissements). Le gouvernement ne parle jamais de restitution de ces biens. L'Eglise se trouve amputer d'importants moyens pour former les séminaristes, religieux ou pour venir en aide aux élèves et étudiants de condition modeste, à la population défavorisée, aux malades, aux handicapés et aux orphelins. Les membres de l'Eglise voulant offrir leur aide dans ces établissements alors devenus d'Etat, ont le plus grand mal à obtenir les autorisations. Un exemple concret : le cas du séminaire pontifical Pie X à Dalat, un séminaire sous la direction des Révérends Pères de la Compagnie de Jésus qui ont formé de brillants prêtres pour l'Eglise Catholique du Vietnam a été confisqué en 1976 pour devenir une école des cadres du Parti Communiste Vietnamien (PCV). Le petit séminaire Hoan Thiên à Hué siégeant au No 11, rue Dong Da, était un établissement qui dispensait aux jeunes séminaristes un enseignement secondaire, a été confisqué par la force, au mois de décembre 1979. Les trois prêtres enseignants ont été expulsés et les 80 séminaristes rendus à leur famille respective. Il existe, malheureusement, bien d'autres exemples.

Devant cette odieuse politique des autorités communistes du Vietnam, visant à étouffer les religions jusqu'à leur disparition, ces dernières ne cessent de protester pacifiquement et sans violence pour réclamer la LIBERTÉ RELIGIEUSE. Elles sont opiniâtres et décidées à continuer leur lutte jusqu'à ce qu'elles obtiennent la VRAIE LIBERTÉ RELIGIEUSE comme dans la majorité des pays civilisés dans le monde. C'est pourquoi, Elles demandent :

1. Que soit scrupuleusement respectée la VRAIE LIBERTÉ RELIGIEUSE pour toutes les Eglises. Les Eglises doivent être indépendantes et jouir de leurs pleins droits dans la sélection, la formation, l'affectation des religieux et dignitaires selon les besoins et la libre décision de chaque Eglise. La LIBERTÉ RELIGIEUSE pour tous les Vietnamiens consiste à bannir la mention "croyance et religion" de tous les documents administratifs, à s'assurer qu'il n'y a pas de politique de discrimination pour raison de croyance, à fournir à la population toutes les conditions favorables pour vivre selon la croyance de chacun au lieu de (vivre sous) la politique à double face actuelle du gouvernement.

2. Que soient restitués tous les biens et propriétés des Eglises ayant été confisqués, réquisitionnés ou cédés sous la contrainte. Cela même en cas de perte ou de destruction des preuves matérielles par la guerre ou d'autres hasards. Les témoignages de la population suffisent.

3. Que soient mis un terme aux complots et manœuvres des autorités communistes visant à étouffer et supprimer les religions, à l'ingérence des autorités dans les affaires internes des religions, aux Comités de contrôle créés de toute pièce par l'Etat, portant l'étiquette religieuse mais n'étant, en fait, que des instruments d'Etat.

4. Que soient libérés sans condition les prêtres, les religieux, les dignitaires, les fidèles qui ont été détenus avec ou sans jugement.

5. Que soient respectées les clauses inscrites dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme du 16.12.1966 sur laquelle, l'Etat Communiste du Vietnam a apposé sa signature le 24.09.1982.

II - Faut-il que le congrès Américain ratifie ou non le traité de commerce bilatéral avec le Vietnam au Printemps prochain ? Et quelles sont les conséquences de cette ratification sur la liberté religieuse au Vietnam ?

Mesdames et Messieurs,

Le deuxième sujet que sur lequel vous avez souhaité mon point de vue est : Faut-il que le Congrès ratifie ou non le Traité de Commerce Bilatéral (TCB) avec le Vietnam au printemps prochain ? Et quelles sont les conséquences de cette ratification sur la liberté religieuse au Vietnam ?

 Je ne suis qu'un prêtre, et n'ai aucune compétence dans le commerce et la politique. Cependant, en tant qu'un simple Vietnamien qui aime son pays et qui se préoccupe des Droits de l'Homme de ses compatriotes, je me permets de formuler mon humble avis comme suit :

 

 

 

 

1. Le Vietnam a plus que besoin du TCB pour développer son économie. Par principe je souhaite ardemment que mon pays puisse gagner la confiance des autres pays, dont les Etats-Unis, et qu'il s'enrichisse, afin que mes compatriotes puissent bénéficier des progrès et développements dans tous les domaines.

 

 

 

 

 

 

 

 

2. Mais si le gouvernement communiste du Vietnam continue à maintenir un régime totalitaire, à ne pas respecter les droits fondamentaux de la population comme je l'ai mentionné plus haut et que les Etats-Unis ou les autres nations lui fournissent encore davantage de moyens pour renforcer son pouvoir totalitaire, vous ne ferez que venir en aide à une minorité de nantis et prolonger les souffrances de notre peuple. La grande majorité d'entre nous devrons se contenter des miettes des retombées du TCB, et supporter encore plus longtemps le fardeau de l'oppression.

3. En ce qui concerne la signature des traités avec le gouvernement communiste du Vietnam, je demande aux Etats-Unis et aux autres nations de ne pas croire en la sincérité de ce gouvernement dont vous avez expérimenté les atermoiements et les revirements dans le passé.

4. Quant aux traités sur les Droits de l'Homme, je voudrais à cette occasion vous rappeler mon Appel No.5 du 25.01.2001 dernier: Le gouvernement communiste du Vietnam a signé plusieurs traités relatifs aux Droits de l'Homme, mais il n'avait, en réalité, aucune intention de les respecter. Ces ratifications n'avaient pour but que de tromper la communauté mondiale. Si les organismes internationaux des Droits de l'Homme acceptaient cet état de fait, elles contribueront aux trois conséquences néfastes suivantes :  

1) Les autorités communistes vietnamiennes pourront, par ces traités, clamer indûment leur respect de tous les Droits de l'Homme, s'offrant, à bon compte, une fausse ligne de bonne conduite;

2) Le prestige et la crédibilité des organismes pour les Droits de l'Homme s'en trouveront diminuer pour s'être fait aussi facilement tromper par le gouvernement communiste vietnamien;

3) Ces organismes seront responsables aux yeux des Vietnamiens de complicité avec le régime totalitaire des autorités communistes.

Je ne citerai qu'un simple exemple : Le Vietnam a signé son adhésion le 24 septembre 1982, à la Convention Internationale sur les Droits civiques et politiques; mais les clauses 18 et 19 concernant la liberté de pensée, de religion et de parole sont restées lettres mortes et sont perpétuellement bafouées dans mon pays.

5. Si les Etats-Unis et les autres nations éprouvent une vraie sympathie avec mon peuple qui a tant souffert, et si elles accordent de l'importance aux questions des Droits de l'Homme, plus spécialement sur le problème de la liberté de religion dans mon pays, je leur demanderai de ne rien faire pour prêter main forte au gouvernement communiste du Vietnam et perpétuer son régime totalitaire. Al contrario, les Etats-Unis et aux autres nations devront cesser tous traités néfastes pour le peuple vietnamien, et exercer toutes les pressions possibles pour que le Vietnam connaisse, au plutôt, la démocratie et la liberté.

III - Comment les Etats-Unis peuvent-ils aider le Vietnam à retrouver une vraie liberté religieuse à présent et dans l'avenir ?

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi d'aborder le troisième sujet : "Comment les Etats-Unis peuvent-ils aider le Vietnam à retrouver une vraie liberté religieuse a présent et dans l'avenir?"

1. Le gouvernement communiste vietnamien a élevé M. Ho Chi Minh au rang de "dieu", créant ainsi une sorte de religion qui se base sur un dangereux "culte de la personnalité". C'est la raison pour laquelle le gouvernement vietnamien ne souffre d'aucune concurrence et veut, à dessein, réduire les religions ainsi que les valeurs qu'elles véhiculent, pour réserver une place exclusive pour leur "dieu" communiste dans l'esprit de tous les Vietnamiens. Sans mésestimer les actions de M. Ho Chi Minh, ni l'accabler de méfaits non vérifiés, il ne convient pas de l'idéaliser à l'extrême. Car, au bout du compte, si M. Ho Chi Minh :  

- a contribué à la reconquête de l'indépendance du Vietnam des mains du colonialisme français, mais cette reconquête n'était pas l'œuvre unique des communistes vietnamiens. il faudrait y inclure d'autres Vietnamiens patriotes, d'autres formations politiques que les communistes ont exterminé afin de s'attribuer le rôle de libérateur;

- il a commis la grave erreur d'importer le communisme et le socialisme au Vietnam avec pour effet de faire reculer notre nation un siècle en arrière et d'en faire un des pays les plus pauvres dans le monde;

- il a commis le crime d'avoir par ruse, exterminé toutes les autres forces patriotiques qui ont participé à la libération du pays de la domination française;

- il a organisé la terrible et sanglante "réforme agraire" dans le Nord du pays durant les années 50 et 60, causant 300.000 morts;

- il a voulu la guerre d'invasion du Sud Vietnam de 1960 à 1975 pour imposer le communisme sur tout le territoire du Vietnam. Cette Guerre qui causera la mort de plus de 2 millions de jeunes gens, aussi bien du Nord que du Sud et donc les communistes feront croire au monde qu'il s'agissait d'une guerre de libération du Sud Vietnam contre l'impérialisme américain. Les sommets des atrocités communistes dans cette guerre seront atteints avec le massacre en masse de la population de Hué lors de "l'offensive du Têt" en 1968 (De nombreuses victimes étaient enterrées vivantes ou exécutées par d'autres procédés inhumains) et les bombardements par l'artillerie lourde des forces communistes sur le convoi des réfugiés civils sur le tronçon Quang Tri - Diên Sanh (de la route nationale No.1 ou route mandarin) renommé depuis "L'autoroute de la peur";

- il a réprimé et supprimé des centaines de milliers de dissidents dans des centaines de camps de concentrations éparpillés du Nord au Sud du pays depuis 1930 jusqu'à nos jours;

- il a répandu une idéologie qui prône le mensonge et la malhonnêteté et détruit les valeurs et les vertus que les religions ont mis des siècles à construire et à sauvegarder. A tel point qu'au Vietnam à l'heure actuelle, une personne qui ne sait pas mentir, ne pourra pas vivre normalement, et cela inclus aussi les plus hauts dignitaires religieux qui doivent parfois mentir pour faciliter les choses. Prendre sa plume pour effectuer une demande officielle, et y devoir écrire les mots "Liberté et Bonheur" tout en sachant qu'il n'y a ni liberté, ni bonheur, c'est déjà mentir.

- il a répandu une idéologie qui incite à la délation, la haine. Même les membres du Parti accusés de révisionnistes ou de fautes graves n'ont pas pu supporter la haine et la curie de leurs propres camarades.

L'une des tâches les plus urgentes pour restaurer les valeurs et les vertus traditionnelles des religions est de redonner une conscience morale aux jeunes générations au Vietnam. Les Etats-Unis et la communauté internationale pourront nous y aider en rétablissant les mérites et les méfaits de M. Ho Chi Minh dans l'histoire. Tant d'hommes et de femmes de bonne volonté sont ou ont été aveuglés par le charisme de cet homme, expert dans l'art de la tromperie et de la cruauté. Il ne faudrait pas que la communauté internationale, pour des raisons diplomatiques, se trompe sur la place réelle de M. Ho Chi Minh dans l'histoire de l'humanité.

2. Dans l'immédiat, les Etats-Unis et les autres nations peuvent encourager toutes les Eglises à conduire leurs activités de façon la plus indépendante possible du pouvoir, en les informant sur les activités normales des Eglises de votre pays et dans la communauté internationale. Ainsi, vous nous aiderez à démasquer le contrôle arbitraire du gouvernement vietnamien sur les religions, et contribuerez à diminuer le poids des contrôles de l'Etat sur nos activités. Il y aura sans doute des heurts, au début, avec le pouvoir totalitaire des communistes vietnamiens; mais petit à petit, ils devront réaliser qu'ils ont abusé de leurs pouvoirs sur les religions quand ils exigent des droits qui ne sont pas de leur ressort comme le droit d'approbation des dignitaires des Eglises, selon les critères fixés par l'Etat.

3. Le Vietnam ne pourra jamais avoir la vraie liberté religieuse tant que le régime communiste restera en place. Ainsi, si les Etats-Unis et les autres nations voulaient réellement rétablir une vraie et durable liberté religieuse pour toutes les religions au Vietnam, ils devront créer les meilleures conditions, dans le plus bref délai, pour mettre fin au régime communiste.

Mesdames et Messieurs,

Ayant la merveilleuse opportunité de représenter mon peuple, les différentes religions au Vietnam, en particulier l'Eglise Catholique du Vietnam pour venir exprimer au sein de cette prestigieuse assemblée, ma position sur les problèmes les plus cruciaux de mon pays, je voudrais vous remercier du fond du cœur de votre attention. Je voudrais par la même occasion, remercier le peuple américain dans son ensemble, et plus particulièrement les quelques 2 millions d'américains d'origine vietnamienne, pour votre invitation dans votre grand et beau pays, afin de contribuer, par mes idées, au progrès de l'humanité.

Que Dieu vous bénisse, qu'il bénisse votre famille, vos bonnes actions et la grande Fédération des Etats-Unis d'Amérique.

Révérant Tadeus Nguyen Van Ly

Le 13 Février 2001

 

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Publié dans Droits de l'Homme

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